La raison pour laquelle les artistes doivent être sur Spotify

J’avais une discussion récemment avec un artiste qui me disait profondément détester Spotify. Son argument, c’est que la société suédoise ne paie pas assez de redevances pour l’utilisation de la musique.

Cela me rappelait les débuts de Napster au tournant des années 2000. Les compagnies de disques, plutôt que d’utiliser ce drastique changement dans les moeurs des internautes et des mélomanes et de créer un système alternatif permettant de limiter le téléchargement illégal, ont décidé de poursuivre tout le monde en y injectant des centaines de millions de dollars.

On ne peut être contre le changement. On ne peut rien contre l’avancement technologique. On peut être en désaccord avec le téléchargement illégal, on peut faire fermer tous les sites de piratage, mais une fois que la chose existe, on ne peut plus jamais faire “comme avant”.

Mon agence Local9 offre un service de promotion radio. Les producteurs de disques et des artistes indépendants nous paient pour faire tourner leur chanson à la radio.

Mais pour quelle raison au juste ? Ils dépensent en prévision d’obtenir un revenu de la radio directement ? Absolument pas ! Bien que les revenus de droits d’auteur permettent généralement de rentabiliser l’opération, peut-être même arriver à faire de l’argent s’il s’agit d’un gros succès, la raison pour laquelle nous diffusons les chansons à la radio, c’est pour la VISIBILITÉ que cela leur apporte.

Les gens écoutent la radio. Moins qu’avant, mais ils l’écoutent quand même. Et il s’agit d’un média parfait pour rejoindre la population en général. Monsieur et madame Tout-le-Monde.

La visibilité que la diffusion radio procure aux artistes leur permet ultimement de générer de l’intérêt envers leurs disques et leurs spectacles. C’est là qu’ils génèrent leurs vrais revenus. Un artiste devient populaire en allant à la télé. Mais comment va-t-il à la télé ? Très souvent en étant d’abord à la radio.

Mais qu’en est-il de l’avenir de la radio ? Les gens l’écoutent encore, car les voitures sont toutes équipées d’une. Si vous possédez une voiture récente, il se peut par exemple que vous ayez aussi accès à SiriusXM, la radio satellite. Certains véhicules sont même équipés de WI-FI intégré, ce qui vous permet de faire jouer n’importe quels contenus de votre appareil mobile ou votre tablette.

Cette concurrence à la radio traditionnelle nous oblige une fois de plus à revoir notre façon d’assurer la promotion de nos artistes. Notre travail consiste à mettre nos artistes là où le public se trouve. Et si le public se trouve sur Spotify ou iTunes Music, c’est là qu’on a le devoir d’être.

Car la même logique de visibilité sur la radio traditionnelle s’applique aux plateformes d’écoute en ligne. S’ils sont visibles auprès d’un large public, les artistes ont davantage la chance de faire grimper leur popularité, de trouver des acheteurs et des spectateurs, d’être invités à la télévision, d’obtenir des contrats de publicité, etc.

C’est vrai que les revenus sont encore minimes, que la structure de paiement de redevances de Spotify favorise les artistes plus importants, mais quoi préférer ? Un petit pourcentage de quelque chose ou 100% de rien ? Car le téléchargement illégal ne rapporte rien aux ayants droit. Et surtout, rien ne prouve qu’en étant absent de Spotify, l’artiste vendra des albums aux abonnés de cette plateforme déçus de ne pouvoir y trouver leurs artistes préférés.

Un jour les voitures seront toutes équipées d’un service d’écoute en ligne comme Spotify. Les producteurs, les artistes, continueront très certainement de payer mon agence pour pouvoir avoir de la visibilité sur cette plateforme, comme ils le font en ce moment avec la radio traditionnelle.

L’économie de la musique change. Les revenus ne viennent plus du même endroit, mais viennent toujours. Il faut rester positif et accepter sereinement ces changements en mettant plutôt ses énergies à être le plus créatif qui soit.

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